ARIBAUD Jean-Luc. Prophéties (2007). Une poésie noire, violente, sans concession à l'égard de notre société de l'apparence et du vide, qui retourne contre lui-même le langage mort du consumérisme et de la technique et qui réussit - véritable tour de force - à le réinventer poétiquement.
GUÉGAN Gérard. Les irrégulières (1999), suivi de Les irréguliers (1974). Deux romans qui évoquent le devenir de la lutte révolutionnaire en France après 1968. Le première, chronologiquement, est un appel direct à la lutte armée, à la rigueur monacale de l'engagement contre les séductions de la liberté sexuelle concédée par la société bourgeoise pour endormir l'adversaire. Discours de combat dans la forme. Le second enregistre, vingt-cinq ans plus tard, l'échec d'une entreprise aux accents terroristes et la résurgence possible de l'intransigeance gauchiste. Discours d'obsèques cette fois, puisqu'il s'agit d'une (passionnante) enquête politico-policière. On retrouve ça et là des personnalités connues de la vie politique française de ces trente dernières années, comme Guy Debord sous le pseudonyme de Peyrot.
KOLTÈS Bernard-Marie. Dans la solitude des champs de coton (1986). La rencontre d'un dealer et d'un client improbable sert de prétexte au réexamen - d'une grande singularité stylistique et philosophique - de la nature, des moyens et de la validité de la relation humaine. Un livre important.
LELORAIN Patrice. Adieux (2004). La relation pleine de tendresse d'un fils et de son père. Arrivé à 50 ans, ce dernier annonce à son très jeune fils qu'atteint d'une faiblesse cardiaque héréditaire, il ne vivra plus longtemps. Adieux sans fin d'un homme qui, de malaises cardiaques en infarctus du myocarde, va vivre jusqu'à 85 ans et s'exprimer en tombant malade. Une histoire autobiographique drôle et sensible, écrite avec retenue et nostalgie discrète. Une très belle évocation dans une langue précise et maîtrisée.
MAUVIGNIER Laurent. Ceux d'à-côté (2002). Alternance étonnante et bien menée de deux soliloques, deux trajectoires de vie qui se croisent, mais ne se rencontrent pas. Ce roman montre d'une manière intimiste et efficace que celui d'à-côté, c'est toujours celui qui pense à côté de soi. Tous les autres sont alors ceux d'à-côté. Il n'y a que la solitude et, ici, la violence comme point de contact.
QUIGNARD Pascal. Le sexe et l'effroi (1994). Remarquable essai sur la sexualité et ses représentations à Rome, prétexte à une réflexion sur le sens de la sexualité en général, qui nous montre la relativité de notre morale et de nos conceptions. Exemple: à Rome, une femme violée est mise à mort. Pourquoi ? Parce que mater certissima, pater semper incertus (la mère est assurée, le père toujours incertain). En revanche, une femme enceinte peut avoir des rapports extra-conjugaux sans que cela choque les moeurs. La chasteté, pour les Romains, n'est pas liée à la relation sexuelle proprement dite, mais à la procréation. La femme est moralement intacte si la lignée est sauve. Un livre érudit, d'une intelligence et d'une profondeur rares.
SOUCY Gaétan. La petite fille qui aimait trop les allumettes (1998). Deux jeunes garçons découvrent un matin le cadavre de leur père et décident de se charger eux-mêmes de son enterrement. Le lecteur se voit révéler au fur et à mesure la vie marginale - et le mot est faible - d'une famille peu ordinaire. Par un auteur canadien, un roman profondément original, ménageant de nombreuses surprises, écrit dans une langue à la fois tenue et très inventive.
TESSARECH Bruno. La femme de l'analyste (2005). Projections et contre-transfert classiques sur et en dehors du divan. Spirituel, cultivé, l'auteur possède un style dense et précis et alterne avec aisance ralentissements et accélérations tout au long du récit. Cette chronique sans en avoir l'air d'une relation psychanalytique est très juste et souvent désopilante par son portrait du stéréotype - bourgeois, esthète, un rien désoeuvré - de l'analysé, que connaissent bien les amateurs de Woody Allen.
Il faudrait ajouter à cette liste les noms de :
M. CAUSSE (Petit guide des transports à l’usage du trentenaire amoureux, 1995)
M. G. DANTEC (La sirène rouge, 1993)
M. DEAMBROSIS (Milagrosa, 2000)
C. DELAUME (Le cri du sablier, 2001)
D. FOENKINOS (Entre les oreilles, 2002)
M. HOUELLEBECQ (Extension du domaine de la lutte, 1994)
P. JAENADA (Le chameau sauvage, 1997)
D. MEUR (La vie de Mardochée de Löwenfels écrite par lui-même, 2002)
P. MODIANO (Quartier perdu,1984)
A. MONNIER (Signé Parpot, 1994)
V. RAVALEC (Cantique de la racaille, 1994)
M. TOURNIER (Vendredi ou les limbes du Pacifique, 1972)
K. TUIL (Interdit, 2001)