Hermann HESSE est né en 1877 en Allemagne, à Calw, une petite ville de la Forêt noire, de parents protestants (son père est pasteur). À 15 ans, il s'enfuit du séminaire de Maulbronn où l'a placé sa famille, puis fait une tentative de suicide. Il exerce ensuite divers métiers (ouvrier horloger, en particulier) et devient libraire à Tübingen, puis à Bâle de 1895 à 1903. Hesse est autodidacte, ce qui ne laisse pas d'impressionner quand on mesure l'étendue et, surtout, la cohérence de sa culture. Il connaît le succès à vingt-sept ans avec la publication de son deuxième roman, Peter Camenzind (1904). Commence alors ce qu'il a lui même appelé sa "période bourgeoise" : il fonde une famille et jouit des avantages matériels que lui procure sa réussite littéraire.
Pendant la Première Guerre mondiale, il est l'un des rares écrivains à prendre une position résolument pacifiste, ce qui lui vaut d'être rejeté et violemment critiqué de tous côtés. Le spectacle du désastre de la guerre et la maladie mentale de son épouse, Marie Bernoulli, atteinte de schizophrénie, le précipitent dans une grave crise personnelle et il entreprend une première psychanalyse avec un élève de Jung (il en fera une seconde un peu plus tard avec Jung lui-même). En 1919, sa femme est internée et ses enfants placés chez des parents et amis. Il abandonne son existence mondaine et va s'installer seul à Montagnola, dans le Tessin (Suisse), où il demeurera jusqu'à la fin de ses jours, d'abord à la casa Camuzzi, puis à la casa Bodmer. Il a quarante-deux ans. Il mène une vie solitaire d'une grande frugalité, se consacrant à l'écriture, à la peinture et à l'introspection sans pour autant se désintéresser du monde (ses très nombreux articles - plus de 3000 - ne sont que sarcasmes à l'égard de l'idéologie national-socialiste naissante, puis triomphante, ce qui lui vaudra d'être jugé indésirable par le pouvoir hitlérien). C'est le début de la partie la plus créative et la plus profonde de sa vie artistique : Siddharta, Le loup des steppes, Narcisse et Goldmund naîtront de cette rupture sociale et de cette expérience. Il écrit plusieurs essais, notamment sur Dostoïevski (1920) et étudie en détail la pensée de Nietzsche.
par le matérialisme, l'enrôlement intellectuel et les engagements partisans la font, le plus souvent, oublier par les spécialistes. La bibliographie en langue française est éloquente : il existe très peu de biographies disponibles sur cet auteur majeur. On peut lire Hermann Hesse, de Siddharta au jeu des perles de verre d'Edwin Casebeer (1972), mais cet ouvrage ne se trouve plus que chez les bouquinistes, et Hermann Hesse. Une géographie existentielle de Bertrand Lévy (1992), fort intéressant, mais qui est davantage une étude thématique de belle tenue sur "les espaces de l'écrivain" qu'une analyse globale de l'oeuvre et de son auteur. À conseiller également : Hermann Hesse, le Magicien de Michel et Jacqueline Sénès (1989), ouvrage très riche sur l'enfance et la première période de Hesse, mais malheureusement trop tributaire de la biographie allemande d’Hugo Ball et très elliptique sur la partie la plus intéressante de sa vie, à compter de l'installation à Montagnola.